Bivouac Baie de la Somme Grand Sud

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Nous sommes aujourd’hui le 8 décembre. J’ai gardé une maison à Robinson du 18 au 30 novembre. J’ai ris la route le 30 au soir. J’ai séjourné de jeudi à dimanche sur la plage après le Nuku Hiva, et j’ai été « abordée » par un groupe de jeunes de l’île Ouen, curieux d’abord, puis un peu envahissants, ils m’ont proposé alcool et  cannabis en toute amitié, j’ai gentiment refusé, j’ai une propension naturelle à « planer » sans aucune autre stimulation que mon esprit…, nous avons échangé pain et jambon contre confiture, (j’ai jeté le jambon, obligée de l’accepter car c’était un « geste » amical) nous avons. fait « ami-ami », puis ils ont commencé à mettre de la musique un peu trop fort ce qui a fait arriver la gendarmerie…les gens du coin étaient un peu inquiets pour moi et les ont appelés. Après s’être assurés que tout allait bien, avoir assez longuement discuté avec les jeunes et fait comprendre aux intéressés qu’il veillaient à la sécurité de tout le monde, les gendarmes s’en sont allés, sans omettre de me mettre en garde et m’inviter à la prudence, sujet sur lequel je les ai rassurés…téméraire ..oui mais pas à n’importe quel prix…les jeunes ont rapidement quitté les lieux, avec des « au-revoir Mamie! à bientôt peut-être ! » et le lieu à retrouvé toute sa quiétude et j’ai pu continuer mon séjour en toute tranquillité.

J’ai rencontré Félix, qui m’a donné son contact si j’ai besoin de séjourner quelques temps  du côté de Païta. 

 

Lundi je me suis rendue sur Nouméa, puis à Païta pour déposer un document à la banque. Le soir je me suis installée sur le grand parking de la Côte Blanche pour y passer la nuit. Site très agréable en journée avec son spectacle permanent de véliplanchistes, de « fun boarders » et acrobates marins en tous genres, je me suis régalé les yeux. Mais le soir venu, les amateurs de «  boomers », ces amplificateurs de sons infernaux, ont fait leur apparition. J’ai bien tenté de résister et de rester en espérant que cela ne durerait pas…en désespoir de cause j’ai mis les voiles pour un site moins enjôleur mais plus calme, le parking de l’hippodrome de l’Anse Vata. Il y avait déjà un camping car, j’ai donc décidé d’y dormir et petit-déjeuner, pour repartir au plus tôt vers un espace plus naturel.

Mardi matin, direction Robinson pour rendre les clés de la maison comme convenu par téléphone, j’ai été accueillie, remerciée, et gâtée…Ariane m’a rapporté un présent de son voyage, des huiles essentielles et des chocolats…petite discussion entre amis, ils vont me recommander pour d’autres gardes de maisons.

Je suis repartie vers le Sud, bien décidée à squatter Prony. Le plein de gaz oil à la dernière station de Plum, puis la route…le bleu du ciel, le rouge de terre, les verts du maquis minier…et la belle lumière qui révèle la beauté naturelle du pays. Je me suis arrêtée sur le côté de la route, sous un arbre de la Plaine Bataille, j’y ai déjeuné et je m’y suis reposée. Je l’ai fait surtout pour ménager ma Poupoune qui a souffert du voyage. Elle est très casanière et sensible, le moindre changement la perturbe alors mon nouveau style de vie n’est pas facile à vivre pour ma minette.

J’ai repris la route vers 15 heures 30, direction Prony, la route est bonne, mon camion remue du popotin…ça secoue quand même pas mal.

Arrivée à Prony, je découvre qu’on accède à la baie à pieds, je décide donc d’aller un peu plus loin, vers la Baie de la Somme. Je trouve un site qui me plaît, avec la possibilité d’un parking discret. Puis, pas satisfaite de ma position, je fais une manœuvre qui va s’avérer catastrophique…je recule tout en douceur et finis dans le fossé derrière moi, mon camion se retrouve sur trois roues, la roue côté conducteur ne touche plus terre…impossible de redresser et sortir de l’ornière. Je n’ai pas senti le camion verser dans le fossé, la terre est très meuble et la végétation a amorti la descente. Mon fourgon se trouve en plein milieu du chemin d’accès à la mise à l’eau de la baie, et donc il y a risque de collision si un pêcheur arrive un peu vite …il y a bien des pick-up garés en bord de mer mais pas âme  qui vive à qui m’adresser. Je cherche de l’aide, appelle Lionel qui je l’espère est toujours sur site à Goro, puis les services d’intervention et au final j’appelle une dépanneuse. Le service de dépannage arrive enfin à 19 heures 30, sort mon fourgon de sa position compromettante en un clin d’œil, me soulage au passage de vingt cinq mille francs, …tarif normal pour trois heures de route et intervention de nuit…

Enfin, je peux profiter de mon petit coin en toute tranquillité. Je me gare au bord d’un chemin en prise directe avec le rivage, je prépare mon installation intérieure à un séjour de plusieurs jours. Je libère Poupoune qui va s’enfuir dans la nature, le temps de se calmer, jamais très loin de moi mais bien cachée…histoire de me faire payer son calvaire.

Tout le temps de l’attente elle m’a suivie à bonne distance…trop loin pour que je l’attrape mais suffisamment proche pour ne pas me perdre de vue…j’ai pu la mettre dans sa cage le temps du dépannage, juste histoire de la protéger, pendant la manœuvre.

Mercredi, baignade au bord de mer, échanges avec les amis qui me suivent sur Facebook, balade sur la plage, sieste…câlins à Poupoune, histoire de rentrer dans se bonnes grâces… tout est rentré dans l’ordre. Elle vient dormir sur le canapé, ou bien elle se prélasse sur les tapis, puis va faire des petites balades et revient quand ça lui chante…je l’ai attirée au bord de mer….sa réaction était impressionnante…une trouille bleue, mêlée de curiosité, tous poils hérissés, oreilles pointées et droites, la queue en suspension, le regard acéré…elle est restée un petit moment, cherchant comment me rejoindre sans aller sur le sable mouillé par la marée…reniflant tout son possible pour capter et identifier toutes les fragrances nouvelles pour elle. Une aventure ….quand je m’éloigne du camion elle me suit, partout, elle a même emprunté le sentier côtier avant que je m’y engage, en exploratrice avisée…La notion de territoire est très importante pour tous les animaux domestiques…avec ma passion de la bougeotte Poupoune doit sans arrêt re-formater son espace territorial. D’ailleurs son véritable territoire, c’est celui où je me trouve.

 

Cela fait des années que je vis seule…ma famille n’est pas très présente et il faut reconnaître que nous n’avons pas les mêmes façons de vivre ni les mêmes valeurs. Ils ont leur vie, j’ai la mienne. Une chose me semble importante à aborder, la solitude ce n’est pas de s’isoler, de vivre en-dehors de tout échange social. Pour avoir vécu dans une maison, avec des voisins, avec des contingences sociales, des démarches à faire, un lieu à entretenir, des travaux à prévoir, un véhicule à gérer …j’ai été souvent très seule, enfermée dans un espace, mème si je pouvais en sortir, à la seule idée de toujours revenir au même endroit, croiser toujours les mêmes personnes, entendre toujours les mêmes bruits, vivre toujours au même rythme, j’ai toujours eu le sentiment d’une forme d’enfermement fictif, mais pourtant bien réel. Un enfermement dans des habitudes, voir se développer en moi des schémas de fonctionnement rituels, chercher ailleurs, dans d’autres formes de pensées ou de croyances, un sens à cette vie qui n’en n’avait plus. Il a fallu que je me secoue, que je revoie mes priorités et mes comportements. J’ai décidé de tout quitter, de vendre, de me libérer des liens de la présence obligatoire dans mon espace propriétaire. Partir en France, puis en Suisse, en avril 2016, cela a été comme une sortie de prison…enfin libre de bouger, enfin pouvoir respirer ailleurs, voir autrement, ressentir différemment…enfin vivre! Tout ne s’est pas toujours déroulé comme je le voulais, mais tout s’est passé comme cela le devait.

Là-bas, j’ai retrouvé le goût de la famille, du lien personnel avec ceux dont on est proches. Je n’ai pas su donner à mes enfants  cette version de moi, car rien dans mon histoire personnelle ne m’y avait préparée.

À mon retour j’ai vraiment essayé de retrouver cela auprès de ma fille, de mes petits enfants…mais parfois il est trop tard pour apporter ce qui a trop manqué.

Quand un lien a cédé…nous pouvons toujours essayer de le reconstruire, sauf quand de l’autre côté du lien la volonté est différente. Parfois la chose la plus sage à faire est de laisser faire le temps.

Maintenant que ce sujet est provisoirement clos, je me consacre à ma vie, ma liberté, le sens que je veux donner à cette existence qui perdure envers et contre tout.

J’ai constaté que je n’ai jamais tant rencontré de nouvelles personnes que depuis que j’ai entrepris une vie de nomade. Entre les personnes dont je garde les maisons, les gens que je côtoie sur mes sites de villégiature, ceux que j’ai rencontré en prenant les bus parce que je ne disposais pas de mon fourgon, j’ai enrichi mon agenda, et partagé des visions différentes de la vie avec plus de gens en six mois de vie nomade qu’en cinq ans de vie résidente.

Voilà une des raisons qui ne me fera plus lâcher la route.

Je ne suis pas en recherche de solitude mais de vie en solitaire. Dans cet état d’être je suis pleinement moi-même. Je vis ma réalité. Je dis ce que je fais et fais ce que je dis…car sur la route tout est vérité, on ne peut pas tricher car l’enjeu principal est la survie. On ne peut survivre sans les autres. Dès qu’il vous arrive un pépin…si l’on est seul, tout peut rapidement basculer. Sur la route l’humanité est nécessaire, l’entraide vitale, le respect inévitable. Si on n’a pas ces valeurs, on ne peut y vivre.

Peu importe la taille du pays, la longueur le la route, et les différences de mentalités, cela est commun à tous ceux qui quittent une forme de vie sécurisée, pour un espace plus libre mais imprévisible.

 

Samedi 9 décembre

Hier matin j’ai été réveillée par un voileux rencontré  vendredi sur la plage, nous avons discuté une bonne heure, il m’a indiqué un site plus au sud, la baie de Goa, à voir dit-il…sympa, nous avons convenu de nous y retrouver la semaine prochaine en toute amitié, sa femme dont il est très amoureux est actuellement en métropole, nous pourrons faire un peu de balade …qui vivra verra.

Je rentre demain matin, pour refaire mes réserves d’eau et de nourriture. Il me reste assez d’eau potable pour 2 jours, 5 litres. Et la cuve d’eau non potable est au 3/4 vide il doit rester 20 litres. Je n’ai plus de fruits ni de légumes frais, il me reste juste ce qu’il faut pour aujourd’hui. Mais l’ai encore des oignons, du riz, des pâtes, du fromage et des œufs, des lentilles, du lait en poudre et du quinoa. Je ne suis donc pas malheureuse mais j’aime avoir du choix.

On pourrait se demander ce qu’on fait de notre temps en fourgon….et bien on prend son temps,  pour tout. Il est nécessaire de faire du rangement et de maintenir une très bonne hygiène dans le camion. D’autant que je prépare le fourgon au départ tous les soirs avant de me coucher, au cas où je doive partir en pleine nuit.

J’ai fait une installation qui me permet une très bonne  intimité, un rideau occultant à l’avant et une bâche sur les portes arrières pour un espace réservé à la douche, masquent la vue aux deux extrémités, et la porte latérale est ouverte sur le bord de mer. Il y a une petite forêt à traverser pour accéder à la plage, ce qui rend toute visibilité difficile pour qui voudrait m’observer du rivage. 

Après avoir déjeuné, rangé, je regarde mes mails, mon FB, puis je vais me baigner à la mer, nager, bouger, puis je rentre me doucher, et m’installe confortablement jusqu’au déjeuner, pour les comptes, pour l’état des lieux, pour l’écriture, lire  ou ne rien faire.

Après le déjeuner, sieste durant les heures chaudes puis balade au bord de l’eau, rencontre avec des gens, et retour pour préparer le dîner. Après le dîner, toilette, un peu de musique ou un film, puis au lit.

On dort si bien au bord de mer, bercé par le bruit de la marée, le silence est total. Parfois je suis réveillée par un pêcheur de nuit qui va et vient, ou un animal qui saute sur le toit du camion. La vie est douce ainsi, et tellement plus agréable que de rester chez soi.

 

 
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